24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:32

 

 

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Un roman d’une intelligence rare



Voici mon second billet pour cette rentrée littéraire 2013, consacré à « Kinderzimmer », de Valentine Goby. Une expérience très particulière de lecture que je vais essayer de vous conter (ça ne fait jamais que 15 jours que j’essaye de coucher mon émotion -mes nombreuses émotions- sur le papier).


Résumé : En 1944, le camp de travail de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, Mila, sur le point de donner la vie dans cet univers de mort.

Ce roman n’est pas bien épais en taille (218 pages) mais qu’il est profond. Il m’a fallu 2 semaines pour le lire. Je le trouvais tellement intense que je n'arrivais pas à lire plus de quelques pages à la fois. A vrai dire, j'ai rarement lu une histoire d'une telle force. C’est un roman d'une qualité rare, par de nombreux aspects. On sent le travail d'écriture à toutes les lignes : chaque mot est soigneusement choisi et chaque mot fait mouche. Ce n’est pas un roman qui est écrit pour vous tirer des larmes avec de l’émotion facile (bah oui des bébés à Ravensbrück, forcément ça va faire pleurer dans les chaumières). Mais non, non, non, pas d’émotion en carton, ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit. C’est tellement plus. C’est un roman qui m’a coupé le souffle, physiquement, un roman qui m’a fait faire marche-arrière, presque à chaque page, pour relire un passage, une phrase, un mot… Et le pouvoir de ces mots fut réellement de me laisser… sans mot.

Les premières 100 pages du roman sont davantage centrées sur Mila, pas tellement sur sa grossesse, qu’elle se refuse d’accepter parce que, imaginez-vous, comment serait-il possible d’accepter de porter en soi… un mort à venir, parce que mettre au monde à Ravensbrück, c’est mettre à mort. Et c’est dans cette partie que le grand talent de Valentine Goby se fait ressentir : en même temps que les prisonnières complètement perdues et hébétées, nous voilà plongé dans l’horreur du camp, qui a son propre vocabulaire [chtoubova] [rouhe] [chwaïneraille] [chtrafblock] [chneller] : ces mots claquent, ces sons agressent notre oreille et l’atmosphère est plantée. Naturellement.


Et au milieu de toute cette fange ravensbrückienne, l’auteure arrive à introduire d’infimes rais de lumière : des notes de musique, des petits sabotages à la fois anodins et héroïques, une libellule aux ailes vibrantes, un beau ciel indécent où le soleil se lève, une fleur au bord d’un lac, une coccinelle sur une épaule. Parce que l’espoir ne peut que se résumer à cela au milieu de cette puanteur insoutenable, de ces humiliations quotidiennes, de la torture, des privations. De l’abomination.


Ce livre n’est pas un témoignage. Ni un compte-rendu. Ni « un livre de plus sur le sujet ». Non, c’est un roman, dans le sens le plus noble du terme, servi par une plume d’une qualité exceptionnelle.


Un tout grand merci à Actes Sud pour cette découverte. Mila, Marianne, Lisette. Et Teresa, bien que personnage secondaire, entre dans le top 3 des personnages les plus beaux qu’il m’ait été donné de rencontrer.


Il est malaisé pour moi de vous conseiller de lire ce roman car j’ai tellement vécu cette lecture que je ne peux garantir qu’il en sera de même pour vous (cependant, étant donné que le roman en est déjà à sa 6ème impression, il semble que je sois très loin d'être la seule ainsi conquise). Mais du haut de ma trentaine, et des centaines de livres lus, je me permets tout de même de vous dire que, selon moi, « Kinderzimmer » est tout simplement un excellent roman. Merci Valentine Goby.

 

Ma note : 4 b pn1 b pn (je ne peux pas dire que c’est un « coup de cœur », ça me semble tellement déplacé pour un livre de cette qualité) (oui je sais, ça peut paraitre bizarre, mais je le ressens ainsi).

 

Je ne vous mets pas de liens vers des billets positifs car vous en trouverez à chaque coin de rue. Par contre, voici l'avis de Reveline, qui trouve que c'est "un roman sans subtilité au style désagréable" : par ICI.

 


 

challenge 1 %

2/6

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commentaires

Stephie 17/10/2013 07:06


Une lecture qui m'a littéralement retournée. Billet sur mon blog aujourd'hui ;)

Coccinelle 07/10/2013 14:40


La couverture me plaît beaucoup et je n'ai jamais lu Valentine Goby alors il est noté 

Ivy 05/10/2013 22:20


Mon Dieu, ta chronique est tellement envoûtante qu'elle ne peut que donner envie de découvrir ce roman qui t'a tant bouleversée !


Je vais jeter un œil là-dessus dans les prochains jours ! Merci beaucoup pour cette chronique !

Agathe 03/10/2013 06:53


Je l'ai fini hier et je suis bien de ton avis. Un roman exceptionnel, tellement bien écrit, tellement puissant, tellement beau ( ça fait bizarre de le qualifier ainsi parce qu'en même temps il
est insoutenable une bonne partie du temps...)


Une belle réussite!

Jacqueline 28/09/2013 11:36


Je viens de terminer la lecture de ce roman "terrible" .... et je lis ton magnifique billet .... Je partage tout ce que tu as écrit ....


Je suis certaine que Teresa a survécu ...

Cajou 29/09/2013 12:39



Je voudrais tellement qu'elle ait survécu... depuis que j'ai refermé ce livre, il y a presque 3 semaines, je ne cesse de penser à elle...



Livresse des Mots 25/09/2013 20:19


Alors déjà, la couverture est SPLENDIDE (mais c'est Actes Sud, j'ai envie de dire... donc c'est normal !).


Mais alors avec ton avis, ce livre, JE LE VEUX ! Je veux, je veux !

Cajou 29/09/2013 12:40



Oh oui il est splendide : intérieur comme extérieur

Christie 25/09/2013 17:22


Et bien tu sais être convaincante !

faurelix 25/09/2013 14:41


Très difficile en effet d'écrire un billet sur un livre qui nous a retourné, on se sent tout petit. Mais en l'occurence, tu t'en sors plutôt très bien. Tu me confortes dans l'idée qu'il faut
absolument que je lise ce livre

Natacha 25/09/2013 14:38


Très joli billet Cajou. J'avais envie de le lire mais j'ai encore plus envie ! Je pense que samedi il sera chez moi ^^. Il est rare de ressentir l'écriture d'un auteur, le choix des mots
utilisés... quand je suis plongée dans un livre et que j'ai l'impression que l'auteur cherche à me faire rentrer dans l'histoire non pas que par l'idée mais aussi avec les mots, j'ai l'impression
que l'impact sera physique. La sensation que tu as eu avec ce livre, je l'ai ressenti en lisant Nos étoiles contraires - j'avais la sensation d'étouffer à la fin, comme si ma vie tenait
à un fil ! 


Ton billet est très bien car il est sincère !


La notion de coup de coeur varie en fonction des livres, parfois un roman que l'on adore dépasse pour nous la notion de coup de coeur.


 


 

Neph 25/09/2013 11:04


Je le lis en ce moment, c'est un sujet difficile mais servi en effet par une écriture splendide.

BooksOfShadow 24/09/2013 23:47


Tu me donne très envie de le lire, cela fait un moment que je n'ai pas lu un livre qui m'a réellement touché .

lilu 24/09/2013 22:29


ton avis donne vraiment envie de le découvrir

argali 24/09/2013 21:49


Très beau billet.

Le petit grain de sel de Cajou

http://yelims1.free.fr/Animaux/Animaux23.gifPour chaque livre sur lequel j'écris un billet, j'attribue une note de plaisir (ou déplaisir) de lecture.


1_b_pn.jpg = J'ai détesté http://smileys.sur-la-toile.com/repository/M%E9chant/fache-censure.gif
 2_b_pn.jpg= Je n'aime pas http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Triste/tristounet.gif
 3 b pn = J'ai apprécié mais... http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Content/smile.png
4_b_pn.jpg = J'aime http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Amour/0060.gif
 5_b_pn.jpg= J'adore !  http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Respect/respect1.gif 

= Coup de coeur !

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