3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 08:00
 

 

Il y a quelques temps, je me suis inscrite sur le site "Les Agents Littéraires". Ce site a été créé en mars 2011, afin d'aider les livres des éditeurs indépendants et des auteurs auto-édités à se faire connaître grâce au Web. Il réunit aujourd’hui plus de 200 blogueurs contributeurs, pour une moyenne de 60 critiques publiées par mois. Si vous avez envie de participer à ce très joli projet, vous trouverez toutes les informations nécessaires par  ici. Je les remercie de la confiance témoignée en m'envoyant cet ouvrage.

 

http://www.les-agents-litteraires.fr/wp-content/uploads/2011/03/CaptureTitreNB1.png

 

Et donc, pour ce premier partenariat, j'ai reçu "Le roman de Djalil", de Djalil et Marie Hakem, récemment publié aux Editions L'Harmattan.

 

 

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Ce livre nous conte l’épopée d’un homme, rescapé de l’épouvantable génocide arménien : une page sombre de l’Histoire intimement liée au destin personnel de Djalil. Une vie frappée par l’horreur, qui nous éclaire sur la barbarie des peuples, les luttes de pouvoir au Proche-Orient, et sa propre ascension sociale, de Mardin, à Alep, en passant par Antioche, Beyrouth ou Damas. On entend dans ce roman une seconde voix, celle de Marie, sa fille, qui ponctue chaque étape du récit de son père, de ses commentaires, ses propres souvenirs d’enfance, ses questionnements sur ses propres blessures, sur ses racines, et sur son amour pour un père longtemps repoussé.

 

 

Si, comme moi, vous ne connaissez rien du Proche-Orient et que vous avez besoin d’aller voir une carte du monde pour pouvoir situer l’Arménie ou la Syrie, ne vous dites PAS que ce n’est pas un livre pour vous. D’une part, parce qu’il n’est rien de plus agréable que de découvrir l’Histoire à travers le témoignage d’un homme et, d’autre part, parce qu’il y est question de sujets bien plus universels que les éléments historiques (et dramatiques) à proprement parler. Ce livre nous parle de l’importance des racines, de l’enfance, du besoin (ou du refus) de transmettre ses expériences de vie, de l’incompréhension entre les générations, des non-dits, du besoin de reconnaissance, de la douleur et des regrets face à la perte d’un être cher… des sujets qui nous touchent tous, à un moment ou à un autre de notre vie.

 

 Ce livre est donc bien plus que le témoignage d’un militaire ayant vécu le génocide du peuple arménien, la guerre 40-45, les guerres d’Algérie et d’Indochine. C’est avant tout le témoignage d’un homme, malmené par le Destin, rêvant de concrétiser ses ambitions, et d’être enfin « reconnu », à force de travail et de pugnacité. En effet, Djalil n’est pas de ceux qui s’apitoient, qui attendent, qui espèrent ou qui se laissent vivre, il est de ceux qui passent leur vie à forcer le destin. Comme le dit si bien Marie, sa vie est un concentré d’émotions sur fond de guerre permanente. (p. 146).

 

Après une préface très émouvante, ce livre est divisé en 7 chapitres durant lesquels Djalil nous conte les événements, souvent dramatiques, qui ont marqué sa vie : le génocide arménien, l’exil, l’enfance et l’adolescence en Syrie, la formation militaire, les premières affectations militaires, le mariage dans un contexte politique très instable, le retour à son école militaire et enfin, l’exil forcé vers la France. A la fin de chacun des chapitres, c’est sa fille, Marie, qui prend la plume pour nous parler de ses propres souvenirs, ou éclairer sous un autre jour, les événements contés par son père. De plus, plusieurs chapitres sont illustrés par des photographies, qui permettent au lecteur d’être encore un peu plus proche des protagonistes.

 

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Le premier chapitre est celui qui m’a le plus chamboulée… Tout d’abord, l’écriture est simple, sans fioritures, Djalil Hakem va droit au but, et grâce à cela, le lecteur est sans cesse bousculé, hébété même, sans avoir le temps de s’apitoyer, en pouvant juste écarquiller les yeux. Quelle douleur d’imaginer ce petit Djalil âgé de 8 ans, accompagné de ses frères et sœurs, orphelins et livrés à eux-mêmes au milieu de ce déchainement d’horreur et de cruauté sans nom… Qui peut sortir indemne de ces événements ? Personne, pas même le lecteur bien au chaud sous son toit. On ne peut qu’être bouleversé par cette enfance brisée, ainsi que par les mots de sa fille, Marie, en fin de chapitre, qui nous livre des réflexions très intimes et universelles à la fois. Et le professeur que je suis, est encore bouche bée, et écœurée, de la quasi inexistence historique (dans les manuels) de ce génocide arménien, pourtant tout aussi dramatique et révoltant que la Shoah.


            Heureusement, le climat devient moins dramatique dans le second livre et, je me suis vraiment attachée à Djalil et à ses grands-parents, surtout à Georges, cet homme si bon et si courageux, comme sortant des Contes des Mille et Une Nuits, avec ses deux poignards à lames recourbées. Djalil se révèle également être un enfant plein de ressources, faisant les 400 coups avec son grand frère, Hanna, pour tenter de subsister dans la misère en Syrie.


            Je ne vais pas vous dévoiler le contenu de chacun des chapitres mais sachez que de manière générale, j’ai été emportée par le récit de la vie mouvementée de Djalil et je l’ai découverte avec beaucoup de plaisir et de tristesse à la fois. Même si je dois quand même avouer que les chapitres présentant uniquement des histoires militaires et des faits d’armes m’ont beaucoup moins passionnée, voire un peu ennuyée.


            J’ajouterai également, du côté des bémols, qu’un détail m’a gênée, voire agacée à plusieurs reprises : en effet, à la lecture des « Livres de Marie », on prend connaissance d’événements qui ne seront dévoilés que bien plus tard dans « Les Livres de Djalil » et j’ai trouvé dommage de ne pas laisser Djalil nous faire découvrir lui-même les coups du destin, plutôt que de les voir résumés 100 pages plus tôt.


            Mais de manière générale, j’ai apprécié cette lecture : j’ai été émue par Djalil, touchée par Marie, et ma gorge s’est serrée à de nombreuses reprises. D’ailleurs, Djalil n’est pas mon père, je n’ai aucun lien avec lui, mais en refermant ce livre, j’ai éprouvé du réconfort en sachant que ses Mémoires étaient enfin publiées et accessibles à tous, et j’ai eu l’étrange sentiment du devoir accompli,… ce qui montre à quel point je me suis immergée dans sa vie.


            Djalil Hakem repose aujourd’hui, auprès de son épouse, dans le Var, loin de sa terre natale, exilé pour l’éternité. Si j’en avais l’occasion, j’irais me recueillir sur sa tombe et je lui dirais combien ses mots et ceux de sa fille, dont il peut être fier, ont su toucher la parfaite étrangère que je suis. Et j’espère que, de temps en temps, les vents de la Méditerranée, emmènent auprès lui les senteurs de l’Orient, si cher à son cœur.


            Quant à vous, Marie-Antoinette Hakem, vous pouvez être fière de votre prénom (ainsi que votre frère ,du sien), fière d’avoir publié ces Mémoires (il n’est jamais trop tard, jamais), et fière de votre papa, qui ne fut ni un homme ni un père parfait… mais qui peut se targuer de l’être ?

 



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commentaires

Alberti Claude 26/08/2012 23:19


Quelle émotion...


J'ai eu la chance de partager quelques années de lycée avec Marie.


Elle avait déjà un "je ne sais quoi" de nostalgie . Alors que nous étions encore des adolescentes, naïves et je dirais même un peu niaises, Marie était différente. 


Je l'admirais avec pourtant une retenue certaine, et cette distance empreinte d'un voile nébuleux la rendait à mes yeux encore plus mystérieuse.


Dès sa parution, une amie commune m'a offert le livre de Marie, mais, traversant moi-même une période difficile, son livre est resté là, bien en vue dans ma bibliothèque, en attendant que j'ose
l'ouvrir.


Je craignais de lire, une nouvelle fois, les horreurs relatives au génocide arménien, et de plus, sa famille ayant séjourné en Syrie et au Liban, l'actualité politique actuelle ne me poussait pas
à me plonger dans un texte peut-être trop réaliste par rapport aux évènements relatés quotidiennement par les médias. 


L'histoire est un éternel recommencement, du moins dans tout ce qu'elle a de tragique et d'incompréhensible...


Je craignais également  une évocation trop personnelle réduisant le livre à des textes de souvenirs.


Pourquoi ai-je attendu si longtemps pour me plonger dans cette lecture ? car, c'est exactement le terme, je me suis plongée dans ce livre que j'ai littéralement dévoré.


Que de pudeur quant à l'évocation de cette dualité permanente chez ton papa, Djalil, toute sa vie,  partagé entre deux cultures, entre ses racines et son exil, ses origines modeste et
 son désir sans faille de réussir, tout en restant digne, honnête,droit et sincère, tant avec lui-même qu'avec les autres.


Comment "survivre" en exilé permanent, dans un pays tant admiré et respecté, La France, mais si loin des parfums, des odeurs, des bruits et des rumeurs de ces villes enivrantes. Ne jamais oublier
ce grand-père tant aimé, essayer d'adoucir un coeur meutri par la perte de tous les siens...


J'ai tremblé pour ton papa, et bien sur, mais cela me parait si banal de le préciser, j'ai admiré cet homme pour sa droiture. L'ayant connu un peu, j'avais ressenti, les quelques fois où je
l'avais rencontré, une certaine rigidité, une froideur intimidante. Cele n'était peut-être que de la retenue, malheureusement, j'étais trop jeune pour le comprendre.


Il y a tellement d'élan dans ce récit, à la fois historique, social et familial, tant d'amour et de chaleur, que je me suis laissée porter par les mots comme une musique entendue au détour d'une
rue peut m'entrainer loin, très loin dans mes pensées. 


Je comprends aujourd'hui un peu mieux cette mélancolie chez Marie, cette nostalgie toujours présente quand je la rencontre.


Marie, il est vrai que ton papa est parti tout seul, on ne peut que respecter tes sentiments actuels, mais, à la lecture de ton livre, je ressens également que, si ton papa est parti sans toi, il
a peut-être montré, une dernère fois ô combien il avait su, durant toute sa vie, affronter seul souffrances, difficultés, dangers et même au moment du grand départ.


Ce livre est le plus bel hommage que tu puisses lui témoigner. 

Jacqueline 04/01/2012 20:34


De tous les billets publiés, celui-ci m'a particulièrement émue ..... les trois derniers paragraphes m'ont serré la gorge !♥


Je participe au concours pour la catégorie 1 : "Rien n'est trop beau" ! :-)

Cajou 14/01/2012 19:37



Merci Jacqueline, grâce à ton message, j'ai relu mon billet et ça m'a rappelé toutes les émotions de ma lecture. D'ailleurs, 1 semaine après le billet, j'ai reçu une lettre pleine d'amour de
l'auteure, qui m'a fait pleurer :) Ta participation est validée (je suis en train de faire la liste avant tirage au sort ^^)



Liliba 07/11/2011 14:02



Très tentant ! J'ai fait de belles découvertes grâce aux Agents Littéraires !



Amethyst 05/11/2011 23:11



Je suis très nulle en histoire-géo donc je serais tenté de dire que ce n'est pas un livre pour moi mais ton avis enthousiaste me donne envie de le découvrir !



argali 04/11/2011 21:05



Il m'arrive aussi de retrouver des fautes après. Cool, on en fait toutes en tapant.



Cajou 04/11/2011 21:22



Oui, je sais que j'en fais toujours sur le pc (beaucoup plus rare quand c'est manuscrit parce que là, c'est plus épidermique/naturel)... mais j'ai toujours honte après... j'en retrouve parfois de
très vilaines :O



paikanne 04/11/2011 13:11



Superbe billet, comme toujours :-)



Cajou 04/11/2011 19:21



Merci beaucoup Paikanne, c'est très gentil (j'en profite pour te demander, si tu veux bien, de me signaler quand tu vois trainer une faute d'ortho... en effet, je sais qu'il en reste car quand je
me relis qq semaines/mois plus tard, j'en vois *enfer et damnation*).


Merci pour ta visite ^^



argali 04/11/2011 09:21



On y parle de ton livre, Philippe. Va voir dans le challenge de la rentrée !



Cajou 04/11/2011 19:21



Oh, je vais aller voir cela de ce pas !!



Philippe D 04/11/2011 06:46



Si je n'avais pas lu ton billet, effectivement, j'aurais dit que ce n'était pas un livre pour moi. Tu me fais changer d'avis.


Intéressant le blog dont tu parles. Peut-être un jour y parlera-t-on de mon bouquin???


Passe une bonne journée.



Cajou 04/11/2011 19:14



On peut en effet y parler de ton bouquin, Philippe... Ce blog existe POUR CELA. Il te suffit, à toi ou à ton éditeur de les contacter et ton éditeur devra envoyer un exemplaire à un blogueur qui
aura été intéressé par la 4e de couverture... Vas-y !!


Quand à Djalil, c'est un livre auquel je n'aurais même pas jeté un coup d'oeil je pense.... ce qui en fait d'autant plus une très belle découverte pour moi !



argali 03/11/2011 11:45



Je te décerne le Goncourt du plus bel article lu ces derniers mois !



Cajou 04/11/2011 19:15



Ohlala, c'est vraiment très gentil, Argali... Je l'ai vraiment écrit avec coeur parce qu'il m'a touchée... la relation entre Marie et Djalil... vraiment quelque chose de très fort...



Ptitelfe 03/11/2011 09:50



Quel bel article tu as ecrit! J'imagine que le livre doit vraiment être bouleversant! J'en suis toute émue.



Cajou 04/11/2011 19:16



Merci beaucoup Ptitelfe... en effet, plusieurs aspects de ce livre sont bouleversants... tant au niveau historique qu'intime car on entre vraiment dans "la vie" des 2 auteurs que sont ce Père,
disparu, et sa fille.


Merci pour ta visite ^^



Jacqueline 03/11/2011 08:46



Quel beau billet tout empreint d'émotion ! ♥



Cajou 04/11/2011 19:17



Merdi Jacqueline... je suis contente que l'émotion transparaisse car ce livre est, en effet, un concentré d'émotions en tous genres...



Le petit grain de sel de Cajou

http://yelims1.free.fr/Animaux/Animaux23.gifPour chaque livre sur lequel j'écris un billet, j'attribue une note de plaisir (ou déplaisir) de lecture.


1_b_pn.jpg = J'ai détesté http://smileys.sur-la-toile.com/repository/M%E9chant/fache-censure.gif
 2_b_pn.jpg= Je n'aime pas http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Triste/tristounet.gif
 3 b pn = J'ai apprécié mais... http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Content/smile.png
4_b_pn.jpg = J'aime http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Amour/0060.gif
 5_b_pn.jpg= J'adore !  http://smileys.sur-la-toile.com/repository/Respect/respect1.gif 

= Coup de coeur !

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